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4 juillet 2010 7 04 /07 /juillet /2010 18:26

 

Il y a une semaine se tenait à Millau la 3è édition des Natural Games. C’est ce festival et les gens qui le font vivre qui m’ont indirectement amené à faire de l’escalade, il y a maintenant un peu plus d’un an en découvrant cette vidéo :

 

 


 

 

Les images de la voie ultime femme, plein gaz dans une proue surplombante magnifique m’ont mis mes premières fourmis dans les avant bras. J’ai pu me déplacer pour la 3è éditions il y a une semaine, mais ce n’était pas pour l’escalade…

Donc jeudi 25 juin je débarque à Millau grâce à mes cousins et amis Arnaud et Romain. Si j’ai avec moi slackline et matos de grimpe, eux, ont permis et voiture et leur motivation est surtout de se casser de la ville pour voir du paysage. Moi, je suis tout égocentré car je suis venu relever un grand défi (grand en comparaison avec mon petit nombril) : faire mes premiers pas en highline ! Et putain j’en aurais rêvé de cette highline en m’entraînant au sol, je l’avais tellement traversée en pensée qu’à l’approche de la date je me sentais parfaitement capable de le faire. Franchement c’était un peu con, je n’ai même pas suivi mon petit adage maison : « Être prêt à tout et ne s’attendre à rien. » IMGP6702

Quand nous sommes arrivé jeudi après midi sur le site du Boffi, c’était pas la grande forme. Vous savez, on réussi toujours mieux ce genre de défi quand on vient de décrocher un rencard avec Scarlett Johanesson, qu’on a trouvé un job dans la boite de ses rêves ou bien qu’on a enchaîné son premier 7a à vue. Bon, en gros rien de tout cela n’était récemment arrivé ni à mes couz’, ni à moi et aucun parfum de performance ne flottait dans l’air. Qu’à cela ne tienne, j’étais venu pour essayer pas pour envoyer la king line de 85m à vue. J’enfile mon baudrier, j’enlève mes chaussures et je viens me caler au départ « découverte » baptisé Bunny Line : 12m de long pour environ 15m de hauteur.

Je salue les quelques slackers déjà présent et laisse passer un gars devant moi. Il envoi la slack à l’aise, sans trembler. Au deuxième aller retour je me rends compte que sa longe de sécurité est accrochée aux passants de son jean. Le troisième aller retour se fera en solo intégral. Une demoiselle me rassure « Don’t worry, Jan is very steady when he free solos. » Ok ben j’ai aucun worries à me faire alors… Je me force à regarder, crispé comme si c’était moi sur la slack, mais effectivement aucun déséquilibre ne vient ponctuer sa traversée. Bon, c’est mon tour maintenant, je m’encorde  à la slack et à califourchon je m’éloigne de deux bons mètres du bord de la falaise…

IMGP6716Deux jambes dans le vide. Je monte le premier pied sur la slack. Appel d’air. Je vacille légèrement. Tout en tentant de respirer normalement, je monte avec d’infinies précautions mon deuxième pied. Mon regard est collé à la fin de la slack, au lustré du linelock. De l’autre côté, on m’encourage en anglais « Come on ! Just go for it ! » Ben voyons… Quand j’étais ado Nike en avait fait son image : « Juste fait le. » Une idée simple… dans la pratique j’ai l’impression que cela revient à déplacer des montagnes. Au bout d’une minute assis le regard fixe, j’hallucine : la falaise autour de l’arrivée est devenu bien trop lumineuse. Je redescend prudemment mes jambes et repose mes yeux quelques secondes.

Il me manque quelque chose, la fille avec qui j’avais discuté quelques minutes avant me le donnera, elle s’appelle Faith. Tout ce dont j’avais besoin pour déplacer des montagnes (ça ne s’invente pas J) Alors que je me remet en position de départ, je l’écoute : « Come on, you can do this ! Stand up ! » Je suis autant aspiré par le vide que par le sens de ces mots. Quelque chose résiste encore : « Fuck… » (oui quand je suis entouré d’anglo-saxons, je jure en anglais :p) la réponse ne se fait pas attendre « There is NO fuck, stand up ! »

A partir de là je ne me souviens plus de mon état d’esprit, juste des faits. Il m’a fallu quatre essais pour marcher. Je tombe quatre fois ; accroupi, puis debout, puis après mon premier pas, et enfin je traverse, un mètre, deux, trois… un déséquilibre, un mouvement brusque et la slack se met à vibrer sous mes pieds et jusqu’au sommet de mon crâne. Ce larsen finit par avoir raison de ma volonté… Suspendu, je grille mes dernières cartouches en me hissant au leash et en finissant la traversée en cochon pendu. IMGP6723

Voilà, peut être que je rêvais d’envoyer cette highline et d’épater la galerie en enchaînant sur celle de 22m mais en réalité j’étais venu pour repousser une limite et je l’ai fait. Le lendemain j’étais de nouveau là, et malgré les encouragements d'un charmant duo de grimpeuses, seul dans le vide je n’ai pas trouvé l’engagement qui m’aurait remis debout sur le fil.

Finalement en une petite heure j’ai appris deux choses très importantes sur moi. D’abord, le soutien des autres est inestimable et ce serait commettre une grosse erreur que de vouloir partir seul au devant de mes peurs. Deuxièmement, ma plus grande peur n’est pas de tomber ou de me faire mal, ce n’est pas non plus le vide en lui-même, c’est la crainte de faire l’expérience de la Peur, la panique, quand chaque cellule de notre corps nous dit que nos chances de survie sont épuisées. Je n’ai pas envie d’avoir un jour ce genre de cicatrice, même si je soupçonne que le savoir qui en découle est rare et précieux… à condition de pouvoir encaisser le choc.

Vous trouverez d’autres clichés dans mes albums photos. J’ai pris la liberté de ne pas mettre les images de solo intégral. Chacun est libre de repousser ses limites là où il le souhaite mais je ne veux pas participer à en faire quelque chose de spectaculaire, au sens premier du terme.

Prochaine étape : tendre ma propre highline, et la traverser avec mes amis.

See you later crazy highliners :D

IMGP6755

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Published by Le Rem's - dans Slackline
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commentaires

leo 07/07/2010 00:03



Bravo pour ce bel article Rémi.


Bravo pour le challenge que tu t'es fixé et que tu es es en train de relever en affinant et en partageant ton expérience du "main-tête-pied" comme tu dis. C'est la démonstration en acte que tout
est lié, relié, connecté et par là même indissociable. En ce sens, quelque soit la voie empruntée, ton récit me conforte dans l'idée que le cheminement personnel compte plus que le chemin
emprunté. Autrement dit, merci pour le partage de tes tranches de vie qui sont autant d'exemples de possible...


Aller, à très vite autour d'une slack, haute, basse, longue ou courte !


Et Bravo pour ta première 35 mètres, à ton tour, tu nous ouvre une nouvelle voie.


Léo


 



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